MBOG BASSA XVè -XIXè Siècles: Grossesse; aspects culturels

On ne pourrait parler des rites et coutumes des Bassa sans parler des rites liés à la maternité. nous entendons par maternité les étapes qui accompagnent le développement d un enfant de la conception jusqu'au sevrage. Yon Djem , Gwal, Nyunus, sekh mée(1).Cette période perinatale est d une grande importance chez les Bassa.Elle peut influencer le tempérament et même le destin du futur adulte.

                                                         ...La conception : yon Djem 

Yon djem en Basaa signifie « prendre la grossesse », c'est à dire concevoir.Il s agit en effet des premières semaines de la grosses.

L' intégration de la jeune mariée « sombo » dans sa belle famille  période de douceur , qui la place au centre de toutes les attentions (liyomba) ; se caractérise par une une question qui devient un refrain pour les femmes du clan : « Baa Sombo a nlel son ? » chuchotait t- on entre les femmes. Question rituelle qui signifie « la jeune mariée a sauté t- elle un cycle ?» en d autres termes connaît elle a un retard dans son cycle menstruel, ce qui est synonyme de conception et de grossesse

Il faudrait rappeler que les Bassa désigne :

la lune = son

le mois= son

le cycle menstruel =son

Tous ces phénomènes étant reliés entre eux par la durée identique de vingt huit jours.

      Si deux mois s'écoulent sans menstruations, alors la famille élargie pouvait attendre un nouvel être et on entendait alors « a yon djem » qui signifie « elle a conçu »

       Certes il y avait le Ngambi, Prêtre-Médecin, érudit des sciences divinatoires, qui jouait le rôle de médecin radiologue et qui par des moyens très peu rationnels pouvait confirmer . Mais dans la société Bassa d autres signes physiologiques en apportaient les preuves :Les nausées, la tendance à cracher plusieurs fois,les vomissements et même parfois la géophagie.

 

                                           ...Gestation

C 'est une période assez ambiguë pour la femme Bassa, car elle fait objet d une attention particulière dans la préséance mais en même temps elle croule littéralement sous un flot d interdits. la transformation physique et physiologique transforme socialement le statut de la femme, mais en même elle lui impose d autres devoirs.

La femme enceinte continuait à travailler sans aucune exagération, mais ses efforts étaient placé sous la vigilance des autres femmes de la collectivité et principalement les Madjo(Vertueuses de Grâce et de Dévotion), les nyokol' belles mères) et les sega libii (Autres femmesde la même classe d âge). Cette surveillance et sollicitude se traduisaient par une explication continue du bien fondé des interdits culturels auxquels est soumise la femme enceinte. Les interdits qui frappent la femme enceinte sont de deux natures :

                                    -Interdits alimentaires

                                   - Interdits comportementaux (gestuel ou verbal)

    Les femmes primipares ont un respect quasi- religieux de ces interdits, alors que les femmes multipares, après trois ou quatre grossesses ne les respectent plus qu'avec un certain relâchement. On ne pourra citer tous les interdits auxquels est soumise la femme enceinte, mais en voici quelques uns:

 

                                             Interdits alimentaires :

-interdit de consommer les fauves (carnivores), cet interdit permanent en toute période, est plus que jamais renforcé.

-Interdit de manger certains gibiers, le nourrisson aura une apnée de sommeil (ronflement),

-Interdit de manger le porc épic , car les épines « piqueront le ventre du nourrisson plus tard et ce qui se traduira par des coliques.chroniques

-Etc...

                                            Interdits spirituels :

  • Interdit d'assister à un deuil ou de voir une dépouille,

  • aller à la rivière à l aurore ou au crépuscule

  • aller seule aux plantations -cet interdit étant beaucoup plus une précaution

  • Aucune personne de sexe masculin autre que le mari ne doit s asseoir à côté, et plus précisément à la gauche de la femme enceinte ; car le futur nourrisson ressemblera physiquement à cet homme. Ce qui pourrait semer un doute sur la paternité, dont la fidélité de la femme.

  • De porter ou bercer un nourrisson du sexe opposé à celui que l on désire avoir.

  • Regarder à l intérieur d un récipient (bouteille, calebasse-liboy etc...) par le goulot, l enfant risque de présenter le strabisme à sa naissance.

  • Etc...

      Beaucoup d autres dangers qui guettent le femme et le fœtus devrait être conjurer par des pratiques appropriées. Il n était pas rare de voir la femme enceinte avec une corde autour des hanches , cette corde comportant 9 nœuds qui correspondent aux neuf mois de la gestation

                                                 ... La grossesse et le mari

      Dans ce nouveau couple mère-foetus qui se forme, protégé par un cordon sanitaire formé par les femmes de la collectivité , quelle est la place de l époux(père) pendant ces neuf mois de grossesse ?

     Le père continue à jouer son rôle protecteur et de garant du confort social .Les relations au sein du couple ne cesse qu aux septième mois de grossesse. Le mari, pour le bien du fœtus doit continuer à accomplir son devoir conjugal, car pense t on , le foetus, pour son développement normal, a besoin de la semence de son père .

      A terme au bout de neuf mois , c 'est à dire à l issue de la gestation,la femme doit accoucher, faire ses bains de sièges , allaiter et plus tard sevrer le nourrisson ; Ce sont ces différentes cérémonies et rites que nous essaierons de présenter dans les publications ultérieures.

I kété li nyang

Francis

 (1) Yon djem= Conception

      Gwal= accouchement

      nyunus = Allaitement

      Sekh mée= sevrage

 

 

 

 

 

 

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