Destruction du Monument de UM NYOBE à Douala ou La deuxième mort de MPODOL

       Le 26 Mai 2018, alors que le conseil communautaire de la ville de Douala mettait à exécution , sa décision d ériger un monument à la mémoire de Mpodol Um Nyobe dans la rue qui porte déjà son nom , et située au Canton Bell ; les chefs traditionnels dudit canton , au dessus des lois de la République sans doute , ont pris l initiative - au nez et à la barbe des autorités administratives et politiques - de détruire ledit monument. Qu est ce qui pourrait justifier une telle barbarie ?

Une rivalité des mémoires ?

La mauvaise gouvernance de la ville ?

Les haines inter-ethniques omniprésentes  ?

 

 

     La rivalité des mémoires est devenue une arme pour certains lorsqu on parle de Um Nyobe et de Manga Bell. Um Nyobe n avait que 1 an lorsque Manga Bell fut pendu ; Comment pouvait il avoir une action antérieure à sa naissance . Et durant toute sa vie politique , Um n a cesse n a cesse de rappeler et de louer le sacrifice de Manga Bell et de tous ceux qui l'ont précédé dans le combat pour l' émancipation des peuples africains : Kwa Likwenye, Toko Ngango, Eboué Tongo , Omgba bissogo,Mbida Mengué Manibem Tomben ; Manga Bell... etc (1)

 

Les analyses de certains « politologues » professeurs dans des académies de sciences politiques devenues repères des plagiaires, nous glacent le dos.

Au détour du débat on entend «  les chefs sawa ont raison ». Dans quelle République donne t on raison à la violence ? Quand de surcroît on est un Responsable politique du parti au pouvoir , peut on avec autant de légèreté analyser la seconde mort d un Héros national en cautionnant la violence ?.

On apprend toujours de ce même politologue , que tous les Camerounais étaient des nationalistes, joli raccourci !!! Mais Pierre Messmer Haut Commissaire des Nations du Cameroun sous Mandat français nous apprend dans ses mémoires que  La France a refusé l indépendance à ceux qui la réclamait corps et âmes pour la donner à ceux qui n en voulait pas . Et ceux qui ne voulaient pas de cette indépendance ont signé les accords de défenses et surtout l accord monétaire (Franc CFA) qui anéantit toute politique de développement. Sans compter le tribalisme institutionnel officialisé dans la politique de l équilibre régional. Nationaliste tout le monde, vous avez dit  ?

       Il y aurait donc eu , selon le politologue, deux camps de nationalistes dans le Cameroun des années 1940-1950 : Les Réalistes et les Idéalistes

-Les « Réalistes » qui voulaient l indépendance et savaient t que le « blanc » (2) avait le pouvoir et ne pouvaientt pas agir , il fallait attendre. Les esclaves attendent souvent que le maitre veuille bien les libérer ? L opprimé compte t il sur la bienveillance de son oppresseur pour s' émanciper ? En Indochine Ho chi minh a t il attendu, ? Le FLN avec Ben Bella ou Boumedienne ont ils attendu e n Algérie que la France veuille bien leur accorder l Indépendance ?....

Avec l' inertie comme moyen d action , on comprendra pourquoi le reste de l Humanite ne s étonne  plus de  notre  sous développement.Nous  pouvons toujours attendre qu'ils veuillent bien de  notre développement.

-Les Idéalistes qui n' ignoraient  pas que le «  blanc » avait le pouvoir et voulaient quand même agir sans en tenir compte. Les Idéalistes tels le FLN en Algérie, le MPLA en Angola, le FRELIMO au Mozambique ou l' UPC au Cameroun ont finalement, au bout de sacrifices énormes, obtenu l indépendance pour leur peuple. Une liberté pour tous

     l Historique des conquêtes de la liberté, nous apprend qu' aucun oppresseur, aucun colonisateur, n a libéré un esclave ou une colonie de sa propre initiative. Les « idéalistes »  savent que tout s obtient dans le sacrifice. Cet esprit de sacrifice des idéalistes  qui manque tant à notre Pays , d où son sous développement chronique. Tout homo sapien sapien comprendrait que « les Idéalistes   de notre «  politologue » sont en fait les Réalistes.

Dans son analyse que Chacun pourra découvrir sur Youtube, Manga Bell avait pour parti le Kamerun qu il voulait libérer. Et Um Nyobe avait pour parti l' UPC. C est à dire l un voulait libérer le cameroun , et l autre voulait libérer L UPC. Aux yeux du politologue (que nous découvrons), L UPC n est plus perçue comme un moyen pour libérer le Cameroun, mais comme une nation.Et L Upc  ne serait qu une  création des colons. L aide  apporté  par  les  mouvements communistes (partis politiques ou syndicats) aux  peuples du tiers  monde et colonisés devient  une spécificité de  l UPC qui sans doute, a  été  le seul parti  a  en bénéficier  parmi les  pays colonisés. Les autres partis du Cameroun  à savoir :Le   Bloc démocratique, Union camerounaise d' Ahidjo   n ont  reçu aucune assistance de  l extérieur.

Et enfin , le Politologue range Ahidjo et Mbida dans la même catégorie, ce qui surprendra plus d'un camerounais averti.

       Pour rappel, après son éviction du poste de Premier ministre, Mbida a finalement rejoint l aile radicale de lUPC ( ce que beaucoup de camerounais ignorent) , dont il conduisait les délégation (avec Moumié ) aux nations et dans plusieurs Pays. En 1980, il quittait ce monde étant devenu  sourd, muet et aveugle ; suite à son passage dans les camps de concentration des prisonniers politiques du  « Nationaliste et Réaliste » Ahidjo. Et Mbida il a été le tout premier Premier ministre du Cameroun . Fin de rappel.C' est donc ce Mbida que le Politologue range avec Ahidjo sous la même bannière des « Réalistes ».

Avec de telles analyses, on peut dire que dans nos facultés et universités, la future élite politique et diplomatique est entre les bonnes mains. Pauvre Cameroun !!!Que Dieu nous bénisse.

 

                                

 

Faut il imputer cet acte à la gouvernance de la ville ? Cette gouvernance est elle unique au Cameroun !: A savoir seule la ville de Douala serait mal gérée ?On évoque successivement l absence de concertations, l' accumulation des délibérations non exécutées, mais ceci devrait il nous conduire à une telle barbarie ?

 

          Reste aussi les haines ethniques . On constatera tout de même que les monuments du Général Leclerc et autres Administrateurs coloniaux ( légitimes vu leur passage sur notre sol) n' ont jamais été contestés, sinon par deux camerounais : Essama et Mboua Massok. Alors on peut se demander si le canton Bell et ses chefs n auraient ils pas remarqué que Leclerc est arrivé au Cameroun après la pendaison de Manga Bell ? Pourtant il a été honoré bien avant nos héros nationaux. Face à une telle barbarie, où chaque  ethnie dans une République choisit qui doit être honoré où quand et comment il doit l être, personne ne pourra écarter définitivement les motivations tribalistes et les haines tribales derrière cet acte... Qui fera date  dans l Histoire du Cameroun!!!

           A l heure où le Cameroun implose de toutes parts, beaucoup ont toujours estimé que certaines régions(Bassa et Sawa) avec une veille histoire de concertations, ne seraientt  le lieu où jaillira l étincelle de la destruction . Si on y ajoute le respect que les Africains accordent à leurs ancêtres, et qui a été intégralement bafoué par cet acte, on a la nausée. Les camerounais s en souviendront de cette deuxième mort de UM NYOBE soixante  années après  la  première.

        Et nous ne pouvons que louer l' attitude civique et le sens des  responsabilités  de Monsieur Moise Malep , chef supérieur du Canton Nkongmondo, qui , suite à la réaction des habitants de Nkongmondo (réputé quartier Basaa, ethnie de UM Nyobe), qui voulaient en découdre,  leur a rappelé le fondamental en Droit  public, c' est à dire : UM est un Héros National et non un héros  Basaa.. La construction, tout comme la destruction de son monument relèvent de la  responsabilité des autorités politiques  administratives et judiciaires du Cameroun; seules compétentes pour punir  tout acte délictuel.

 

 

  

 

  

 

 

I kété li nyang

Francis

 

(1)Voir article sur le Kmarun et annexions allemandes : Résistances et Traités. Publié sur ce site le 5 septembre 2013 presque 5 anneés d

(2) malheureuse expression du Politologue

 

 

 

 

 

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