Organisation du tissu social traditionnel bassa

  Beaucoup d’historiens et d’écrivains, pour la plupart de mauvaise foi, nous ont longtemps fait savoir que les peuples indigènes d’Afrique vivaient dans une totale anarchie, et même, dans un état nature. C’est soit. Mais ce que nous devons aujourd’hui savoir en vérité c’est que tous ces gens n’ont pas rapporté l’histoire de nos peuples, ils l’ont plutôt faite. Ce qu’ils ont rapporté n’a rien de la vérité et révèle toute l’ignorance malheureuse que les uns et les autres font montre de la connaissance de notre société. 

 

  L’enseignement initiatique du Mbog basaa transmis aux dévots nous révèle une vérité qui doit aujourd’hui sidérer les uns et les autres et nous amener au constat du caractère étriqué de l’émancipation des peuples indigènes et principalement du nôtre. Cet enseignement que je vais essayer de donner ici tout en m’efforçant de conserver intact le secret de l’instruction que j’ai reçue des nobles patriarches, en l’occurrence du feu Mbombog Mayi ma Matip ma Ndômbôl qui de son vivant ne savait pas alors qu’en parlant trop souvent à côté de moi sans vraiment m’adresser directement la parole, il transmettait ainsi à la postérité un enseignement des plus chers dont je suis aujourd’hui dépositaire de manières ou d’autres, et qui autrefois réveilla en moi la flamme inextinguible de la quête des reliques de mon feu arrière grand père Kooh Baa Bayock lui-même détenteur de UM et dernier grand patriarche du clan des NDÔGTINDI du Nyong et Kéllé. 

     La société traditionnelle antique Bassa était comme toutes les sociétés humaines du monde structurée sur la base d’une nomenclature qui n’envie en rien les sociétés humaines démocratiques de l’heure. C’est-à-dire qu’à tous les niveaux de son organisation il n’était nullement question de monarchie, même si le pouvoir était toujours remis entre les mains d’un individu qui n’en faisait usage qu’après consultation de différents collèges placés « incidemment » au dessus de lui.

     Ainsi, nous avons une première configuration tridimensionnelle qui situait au sommet de toutes les autres couches de la population, un collège qui régnait selon les principes et les lois de la nature, ainsi que selon les desseins de l’Être suprême. Après ce premier collège dirigeant, il y avait la classe des cadres ou des intermédiaires, ceux qui servaient de lien avec entre le premier et la masse qui ne diffère elle aussi en rien des masses de toutes les sociétés humaines, et que nous considérons comme la dernière classe.

    Le collège suprême se scindait en plusieurs fragments qui étaient des congrégations pastorales et des castes chargés de légiférer, de codifier, d’instruire et d’exécuter en conformité et avec les lois de la nature, et avec les lois purement humaines : C’est le monde des devins, des dieux, des patriarches et des généraux opérationnels, qui avait à son plus haut sommet les (Ba) Mbombog (autrement ceux qui sondent la nature ou l’univers). 

        Le terme Mbombog est alors loin de signifier les seuls vieillards aux pagnes et aux reliques qui assumaient le rôle des chefs des clans. En fait, celui-ci a fini avec le temps d’englober toutes les personnalités qui faisaient preuve d’une certaine noblesse. Il n’y faudrait surtout pas croire que notre vocabulaire ait ainsi manqué cruellement de termes appropriés pour nommer les choses et les différents personnages de la société. Chacun y avait un nom, tout comme les collèges ou les confréries qui les utilisaient. 

    Le collège suprême Mbog basàà qui alors incluait selon le principe même du code traditionnel antique testamentaire « Malômbla ma Mbog kôba ni kwan » les groupes Bati et Mpôô aujourd’hui constitués come des entités à part, comptait en outre les principaux castes suivants :



- Ba (les) Mbombog (hommes-panthères et législateurs, et chefs des clans)

- Ba U Um (hommes-serpents d’eau et justiciers, prêtres, gardiens de tous les sacrements)

- Mingéé (hommes-léopards et exécutants)

Il existe d’autres castes tels que KOO (cercle des femmes initiées), NGAMBI (les devins), NJEK, MBAK, NJENDJEL, etc.

      De tous ces cercles, les premiers étaient les chefs des clans et des familles et y assumaient le pouvoir exécutif. Ils veillaient à l’application des lois et à la concorde du peuple. Ils étaient les modèles de la sagesse, de la paix et du progrès de la société dont ils avaient la garde et le contrôle. C’est le cercle légendaire MBOG (univers), qui est coiffé par les « univers miniatures », les microcosmos, autrement les petits Mbog : ba Mbo-Mbog.

Quant aux seconds, Les mages, ba U – Um, ils constituaient une assemblée discrète et effacée. C’était les gardiens des reliques de la religion ancestrale, aujourd’hui mal ou très peu connue du grand public. Ils ne traitaient qu’avec les premiers, les chefs des clans, et n’intervenaient qu’à leur sollicitation expresse. Cependant, ils étaient en fait les véritables détenteurs du pouvoir qui avaient le contrôle absolu du clan, de la tradition et de la tribu. Ils étaient plus puissants en nature, car étant ceux qui avaient la parfaite maîtrise de la connaissance des lois de Dieu. Ils instruisaient tous les autres, y compris les Ba Mbombog, et les décoiffaient opportunément. C’est le très mystérieux et puissant cercle UM (Le Principe Divin Créateur). D’où Ńù-um signifie Dieu-fait-homme, petit Dieu.

    Le dernier de grands cercles est celui des « Mingé ». Autrement dit, le cercle des Ngé. Ngé en bassa indique le Génie, l’esprit. Nous pouvons donc conclure aisément que c’est à ce cercle qu’on a transmis le pouvoir de la manipulation des esprits et de l’être humain sur lesquels il agissait avec une dextérité hors pair à la demande bien entendu des Ba Mbombog. 

    Nous avons aussi cité les Njè-njèl sans pour autant penser que ma liste en est exhaustive. Les différents cercles traditionnels et initiatiques bassa sont légion et aussi spécifiques les uns et les autres. C’est le cas des Njè-njèl qui signifie facteurs ou encore des « Njédjéga » (les justiciers), etc. Les premiers étaient des chargés de transmission des courriers et de la diffusion de l’information. Ils pouvaient être des grands manipulateurs des instruments de musique tels que le tamtam, le tambour ou encore le xylophone (nkéή), comme ils pouvaient autant posséder le secret jamais révélé de pouvoir former des nœuds sur les herbes afin de pouvoir transmettre leurs messages, lorsqu’ils ne communiquaient pas plutôt avec des animaux tels que le perroquet, le chat, pour arriver à leur fin. Il ne faut surtout pas les confondre aux griots (les Ngond maum).

    Les femmes n’étaient pas en reste dans notre société, en dehors de la tâche de reproduction qui leur est naturellement dévolue, elles étaient les maîtresses de la sorcellerie, adeptes de l’autre légendaire caste KOO.

   Chaque membre de chacun de nos différents collèges n’agissait que dans son domaine et son ressort territorial et ne surpassait pas ces limites sauf en cas d’une sollicitation des gens de la localité concernée. Une phrase initiatique l’explicite si bien : U KENEG i KODA HIÉ I SOŃ MUT U BUGUS MAN NYUU (en allant attiser le feu sur la tombe de quelqu’un il faut y faire avancer l’orphelin). Autrement dit pour intervenir dans une circonscription étrangère il faut être cautionné par un des autochtones. C’est dire que le basaa avait donc un immense respect du droit de disposer librement des autres. Il ne pouvait en aucun cas intervenir dans les affaires d’autrui s’il n’y avait pas été convié au préalable par les concernés.

    Comme on peut le voir, la monarchie ou l’anarchie n’existait nulle part de notre tradition. En fait, les anciens africains possédaient la connaissance de la justice, de l’amour, du respect d’autrui, etc., pour qu’on en vienne encore aujourd’hui nous faire croire que c’est la civilisation moderne qui la leur a inculquée. Les nôtres ont connu Dieu et ses Lois longtemps avant l’invasion coloniale et ont manifesté cette connaissance à travers leur mode de vie et de pensée.

    En nous faisant croire que la notion de l’amour viendrait du christianisme, je dirai que rien n’est aussi faux que cette prétention malheureuse qui en elle seule démontre tout le caractère dévergondé de cette école et de ceux-là mêmes qui l’incarnent. Le christianisme ne nous a rien appris et a tout pris de nous. Au lieu même de sauver nos peuples comme il prétend le faire, il n’a en réalité fait que nous entenailler dans les males de l’esclavage moderne. La conséquence en est que 2000 ans après le passage de Jésus-Christ sur la terre, l’homme moderne fait plus preuve de haine et de médiocrité que nos anciens ancêtres.

Bogart KEND.

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