Convergences Nnanga:Datation des langues

Le classement des langues africaines et particulièrement celui  des langues dites Bantu, connaît des changements permanents. Des familles de langues ont été formées, mais souvent il est difficile d' affirmersi ce regroupements sont le fruit d'une origine commune ou alors des emprunts faits dans l'environnement culturel. En linguistique certaines méthodes nous permettent de dater des langues avec plus ou moins de précisions.

 

                                               Méthodologie...et Limites

Plusieurs méthodes existent  pour dater les langues ou du moins déterminer les instants de divergences des langues d une même famille.Mais deux méthodes sont les plus employées : La Glottochronologie et la Paléolinguistique

Glottochronologie

Swadesh linguiste Américain étudiant des langues indo-européennes en 1950, donc des langues qui sont sur un support manuscrit, a établi la formule qui permet de calculer la date t de divergence entre deux langues voisines .

                            

 

C : la proportion du vocabulaire commun.Ce vocabulaire étant une liste de mots appelée liste de SWADESH.Cette liste comporte des mots qui sont invariables sur le plan culturel.par exemple la gauche reste toujours la gauche, la droite reste la droite, ici , la-bas etc...

K : constante de rétention par millénaire.Dans son étude Swadesh a constaté que les langues indo-européenne qui permettaient un recul de plus de mille années avait un taux de rétention compris entre 81% et 86%.Ce qui signifie que deux langues issues d une même souche perdent en moyenne 14% à 19% du lexique commun tous les mille ans.

Cette méthode, souvent décriée,par les linguistes présente une limite. Elle suppose que le taux de déperdition lexicale est constant dans le temps.(Comme pour la décomposition du Carbone 14 servant à la datation). Pourtant on sait tous qu'une défaite militaire entrainant une assimilation peut accélérer cette déperdition lexicale. De même que l usage par un groupe A des manuels scolaires ou religieux écrits en langue B., peut contaminer rapidement le lexique de la langue A, créant des fausses parentés et les calculs deviennent alors insignifiants.

Cette liste de Swadesh concenne les mots qui sont invariants par rapport à la nature et à la culture :Gauche , Droite, Haut, Bas etc...

La méthode demande dont une exclusion de toutes interférences (Ce qui introduirait la variation dans le rythme d évolution de la langue) Un groupe répond en grande partie à ces critères au Cameroun, malgré le fait que la tradition soit orale et non écrite.

Paléolinguistique

Au contraire de la Glottochronologie, la Paléolinguistique intègre les éléments culturels dans la datation. C 'est pour cette raison qu elle est souvent corrélée à l Archéologie et la datation au carbone 14 logiquement. En effet le principe est simple on prend deux langues aussi proches que possible, on relève des mots commun et des mots différents. Par exemple si on constate que deux langues possèdent un même vocabulaire pour l agriculture et que le vocabulaire est différent pour la métallurgie, on suppose que les deux langues se sont séparées avant l apparition de la métallurgie. On entreprend alors les fouilles archéologiques pour déterminer la date de l apparition de la métallurgie que l on retient comme étant la date de la séparation.

Si deux groupes proches se donnant un même ancêtre, et que ces deux groupes ont le même mot pour désigner un concept ,un animal ou un objet, on fait les fouilles archéologiques et on suppose que l ancêtre commun n'est pas plus vieux que le concept, l'objet. Par exemple si le groupe A désigne par un même mot « la hache» que le groupe B, on déduit que l'ancêtre commun de A et B date de l apparition de la « hache » dans leur environnement culturel.

Mais reste un problème à résoudre, celui de l emprunt d un mot. Dans ce le cas de l'emprunt, on suppose que les deux langues était en contact à l apparition de la « hache».La limite c'est qu'on peut bien emprunter le mot « hache » des siècles après son apparition

                                                     ...Familles de langues...

On peut regrouper les familles de langues dites bantu en 8 classes.qui vont de A10 à A80

 

A10

Bakossi(1)

A11

A12

A13

A14

A15

 

 

 

 

LONDO

BARUE

BALONG

BONKENG

MBO

 

 

 

 

 

A20

Duala

A21

A22

A23

A24

A25

A26

A27

 

 

BOMBOKO

BAKWERI

ISUBU

DUALA

OLI(2)

PONGO

MALIMBA

 

 

 

A30

Benga

A31a

A31b

A31c

A 32a

A 32b

A33a

A 33b

A 34

 

BUBI (N)

BUBI(S.W)

BUBI(S.E)

BANOO(3)

BAPOKO

YASA

KOMBE

BENGA

 

 

A40

Bassa

A41

A42

A43A

A43b

A43c

A44

A45

A46

autres

LOMBI

BANKON

BASSA

BAKOKO

BASSO'O

TUNEN

NYOKON

MANDI

Bangtoutou, dibom

 

A50

Bafia

A51

A52

A53

A54

 

 

 

 

 

LEFA

KAALONG

KPA

NGAYABA

 

 

 

 

 

 

A60

Yambassa

A61

A62

A63

A64

A65

 

 

 

 

NGORO

YAMBASSA

MANGISA

BATSENGA

BATI

 

 

 

 

 

A70

Beti

A71

A72a

A72b

A72c

A72d

A73a

A73b

A74

A75

ETON

EWONDO

MVELE

BAKJA

YANGAFEK

BEBELE

GBIGBIL

BULU

FANG

 

                                                

                              ….Quelques tableaux de lexicostatistique

 

 

 

 

 Carte Ethnique du Cameroun

le groupe Nnanga présente plusieurs facteurs qui en font facilement un groupe passionnant pour les linguistes :

Pas de défaite militaire durant les 5 derniers siècles.

Pas de langue adoptée et venant d un groupe extérieur

une fragmentation assez grande (liée au vaste territoire) mais conservant neanmoins une intercompréhension entre les différentes variantes de la langue Beti.

     D après les relevés effectués par les Ethnolgues HEEPE et NEKES (1926)pour l Ewondo, LEJEUNE(1892) pour le Fang,Van Hagen (1914) pour le Bulu, L arbre généalogique de la langue Fang-Beti serait la suivante ; selon la méthode de la glottochronologie. Date de référence 1914.

 

 

                                        

Arbre phylogénétique des langues du Groupe Nnanga

An  x: La langue Ati est parlée par le groupe Nnanga (Bassa, Bakoko,Fang, Ewondo, Bulu, bané, etc...)

Vers 1500 : Le groupe Bassa s installe dans la partie occidentale du pays que Nnanga et ses successeurs s étaient donnés pour ambitions de conquérir ; et se sépare donc des autres langues du groupe Nnanga qui ont pour mission de conquérir la partie orientale

Vers 1614 : le Fang se sépare du reste du groupe et s' engage dans une évolution solitaire.Le groupe denommé Fang traverse le Nyong et la vina.Les autres composantes restent solidaire

Vers 1734 : Un autre partie se groupe se détache à son tour , 120 ans après le Fang et s engage dans une dynamique propre.Traversée de la Sanaga et du Nyong. Ce groupe prendra plus tard le nom de Bulu

L'arbre généalogique des langues est un concept qui oppose les linguistes.Certain y voient un moyen ne serait ce qu approximatif de suivre l' évolution des langues.D' autres le rejettent totalement.

L application de la Paléolinguistique pourrait se faire à partir de la Métallurgie. Domaine dans lequel On sait que les Bassa et les Beti utilisent la même terminologie. Exemple le Fer =Bikié=Bikeï, et les Haut fourneaux découvert dans leurs Régions respectives datent du XVè siècle.

Soit au XVè siècle à l apparition de la métallurgie ils formaient encore un groupe unique

Soit c'est deux groupes distincts qui étaient juste en contact au XVè siècle quand les haut-fourneaux sont apparus

Soit l un ou l autre a emprunté cette terminologie , à partir du XVè siècle

En combinant les deux methodes, et en tenant compte de l absence de l intercompréhension, on peut emettre une hypothèse selon laquelle , le groupe Bassa(Mbene) s'est separé des autres Nnanga entre XVè siecles et 1614 soit l intervalle [1400-1614]

                                                             Bassa...Abo

D autres tableaux ci dessus , nous apportent des données concernant les Bassa et les Bati d 'une part.et les Abo d autre part. 

Mais en appliquant grossièrement la méthode de la Glottochronologie on trouve :

t=211 ans .Si on prend 2012 comme date de référence , on pourrait dire que les Abo et les Bassa se sont séparés aux alentours de 1801.Mais cette date de 1801 est elle fortuite ? Que représente elle dans l Histoire de notre région ?

La confrérie Manganga ; une confrérie dont les liturgies se pratiquaient en Bassa, et dans laquelle se retrouvent également les abo, avait pour but de créer des tensions politiques jusqu à l éclatement d une guerre civile.Et les chronique anglaises de 1810 à Cameroon town nous rapportent qu' une révolte des travailleurs Abo avait sérieusement ébranlé les fondations des principautés cotières, au point que celles-ci furent obligées de renvoyer " ces fauteurs de troubles professionnels" vers l intérieur; le Mungo. On se demande si ce ne sont pas les emprunts tout simplement. Et par conséquent, que les deux groupes ont été en contact mais leur langues ne sont pas des langues issues d une même souche.(Hypothèse)

I kété li nyang

Francis

Bibliographie

travaux des prs Mboui, Nouk Bassomb,Essomba, Obama etc...

-Proto-histoire du groupe Beti- bulu- fang :essai de synthèse provisoire- Pierre Alexandre-cahiers d Etudes africaines-1965

 

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