Radioscopie d' une Cité: SODIKO

    Située dans l actuel arrondissement de Douala IV, La localité de Sodiko, cultive un mystère tant au niveau de sa dénomination qu' au niveau des origines de ses autochtones. Qui sont les sodiko et quelle est l histoire de cette cité ? Comment envisagent ils leur avenir ?.Nous essaierons de répondre à toutes ces questions

                                                  ...Différentes thèses

     Longtemps confondus avec leurs voisins Kambongo, les Sodiko sont reconnus de nos jours comme d authentiques Bassa , habitant une localité authentiquement Bassa.Mais lorsqu on sait que les famille Bassa ont comme préfixe Log ou Ndog, on se pose la question de savoir d où provient le nom de Sodiko ?

1° Thèse des Sodiko

     "L’histoire nous enseigne que les propriétaires et premiers habitants de Bonabéri sont les Sodiko (et  les Bonamatumbè= Log Matoumb), descendants d’un ancêtre qui a migré du pays bassa. Peuple hospitalier, les Sodiko et leurs cousins accueilliront SAME et BELE à qui ils offriront des terres et qui sont les ascendants des huit autres villages de l’actuel canton Bélé Bélé. Le premier chef de Sodiko est NDAMBW’A JIPPE, un homme qui a marqué l’histoire du village par son charisme et son souci constant du rassemblement. On retrouvera ces caractéristiques chez son petit fils « JANEA » ESSOMB’A NDAMBWE Emile Ness, père et prédécesseur de l’actuel chef, qui organisera autour de lui un collectif d’hommes et de femmes dynamique, fort et homogène, dont les réalisations marquantes seront entre autres la construction d’un village moderne, l’ouverture aux autres composantes sociologiques camerounaises, la préservation des espaces pour les écoles, hôpitaux, marchés, l’incitation des jeunes aux études, l’encouragement au mariage, la moralisation des comportements"

2° Thèse des Kambongo

   Les Sodiko ayant tué un voleur Kambongo prirent peur de la vengeance de ces derniers et s enfuirent en laissant les terres vacantes.Des terrres qui furent occupées par les familles Mbongo

3° Thèses issues de la Recherche scientifique

     Un des Sodiko qui assurait la garde du sanctuaire et la fonction de Hiko oli, (Mbombog Dissow ) donna sa fille en mariage(Ipahi Dissow) à un Mbongo du clan Bell. Lui léguant par la même occasion cette fonction de Grand Censeur administratif. Cette thèses est rapportée par différents chercheurs. Dans un premier temps par le prof Dika Akwa (6). Mais aussi Réné Bureau qui relate cette alliance matrimoniale(7) avec cette constante dans sa démarche: c est de recueillir les témoignages dans un groupe ou clan et ignorer les versions des autres. Il a écrit l histoire des Duala en ne retenant que la version d un clan contre les autres.Les Historiens de ce groupe lui en ont fait de vifs reproches et critiques.Par la suite ,il écrit l'histoire,  le récit d un mariage entre Bassa et Duala en diffusant la version d une ethnie . Mais  pour le Pr Dika comme pour  Réné Bureau,  c est  le mariage qui aurait été l élément détonateur quant à l installation de certains groupes Non Bassa sur la rive droite de Mbende(wouri).

 

 

                                       ...Système politique: Mbog Bassa

On ne saurait étudier la cité de Sodiko sans évoquer certains aspects du Regnum Biafra ou Mbog Bassa. :

1° L' installation des familles Bassa sur les berges du Wouri correspond à certains principes d occupation de sol propre au peuple Bassa(1).Située dans un premier temps entre (XVè- XVIè siècles) sur la rive gauche du fleuve, Ethnarchie Nsaa suite à une croissance démographique incontrôlée, décida donc de se poser sur la rive droite avec toute cette Aristocratie républicaine constituant le Kobi(2) .

2° La rigoureuse séparation des pouvoirs dans le Mbog Bassa, unanimément admise par le le peuple se solda par la séparation des capitales(3)La rive droite du fleuve wouri (Mbende), devint la capitale ou le quartier général du conseil d' Etat -Kobi-.

La famille Sodiko se rattache à la grande famille Log Matoumb( bonamatoumbé), famille constituante la grande famille NSAA. Cette famille ainée des Ndog Bong restera sur la rive droite jusqu à l'annexion allemande.

Le sytème politique des Bassa, l organisation politique de ce peuple repose essentiellement sur les ordres initiatiques(Mbog, Um , Kobi etc..) .Chacun de ces ordres possédait des sanctuaires et lieux saints au niveau local,provincial et national.

Song lolo pour le Matouk

Njock pour le UM

Sodiko pour le le kobi

Par ailleurs on remarquera que de nombreuses localités Bassa portent des noms qui commencent par le préfixe So :

So mapan

So makondo

So kéllé

So Dibanga

So Maboyé

Etc.. .

 

 

 Carte d'une région du Pays Bassa

    L adjonction du préfixe So devant un nom n est pas le fruit du simple hasard. Il s agit d un caractère hautement symbolique de l'organisation politique (Etat Bassa) et spirituelle(Monothéisme Nyambéisme) des Bassa

    Mais que signifie So ? So en langue Bassa signifie sanctuaire, mais aussi les préparations médicamenteuses (plus ou moins ésotériques) servant à l'intronisation d un dignitaire ou le traitement de certaines pathologies. So c est aussi le verbe Purifier.

Partant de cette définition, on pourra donner le sens réel de certaines localités :

So Kéllé : sanctuaire ou les pêcheurs de la rivière Kellé accomplissaient certains rites de purification avant de lancer leur pirogue à l assaut du majestueux cours d eau..

So Mapan:Sanctuaire où les chasseurs et certains bûcherons se soumettaient à certaines liturgies avant de pénétrer dans la forêt( lipan pluriel Mapan)

Etc...

     Dans le système politique, le conseil d 'Etat , Kobi, dont l Organigramme a été amplement étudié (4), présentait des rites d intronisation propres. Si pour le Mpodol et le Nsisi, la consécrationse déroulait  au niveau d un sanctuaire provincial , pour le Hiko Mbog , il fallait recourir au sanctuaire national. Le Hiko oli, autorité centrale de cette institution siégeait dans la province céleste  de Ngombolo, précisement à Bonabéri et assurait la garde du sanctuaire(5). Il menait donc à cet effet les rites et liturgies concourant à la consécration d'un juge administratif. Et dans l exercice de ses fonctions , ils s entourant d un clergé maîtrisant dans les moindres détails lesdites liturgies.

Singulier : Hiko hi Mbog

pluriel : Diko di Mbog

So = Sanctuaire

Diko= pluriel de Hiko (juge administratif de l Etat Bassa XVè-XIXè siècles)

    So Diko est donc la contraction de So i diko di Mbog ou So diko di mbog=le Sanctuaire des juges administratifs du Mbog.Ce sanctuaire étant lieu de consécration de ce juges. La famille qui fut le Recteur du sanctuaire a par extension, hérité de cette appellation : Sodiko

    Néanmoins, afin de clarifier les faits historiques, une cérémonie de Réconciliation a eu lieu au cours de l année 2014.Cette cérémonie entend (paraît il) louer l Hospitalité des Sodiko, l Harmonie et l intégration des différentes communautés camerounaises présentes dans cette aire géographique. Soit.

                             

SODIKO

Carte de Douala -Bassa
Carte de Douala Bassa
Cérémonie de Réconciliation à SODIKO
Tribune de la Cérémonie de Réconciliation
Cérémonie de Réconciliation
Ensemble Culturel Sodiko
Marche Sportive
10ème anniversaire du règne du Chef-2014
Cérémonie de la Réconciliation
Marche sportive
Xème anniversaire du Règne du Chef Ness Essombey

                                       ... Projet et Futur

    La cité de Sodiko sous l impulsion du chef Essombey Mbambwe , est résolument tournée vers le futur et entend reprendre les rênes de son destin.Cet élan se traduit tout abord par la mise en place des instances de débat et par la suite par une concrétisation des différents projets. Cette dynamique est aussi et surtout liée à la grande coopération qui existe entre les autorités locales et les autorités administratives et politique du Cameroun.Car il faut bien le signifier, la cité de Sodiko, construite sur deux miileux( rural et urbain) se retrouve donc dans l obligation de résoudre les problèmes urbains (insalubrité, plan d urbanisme etc...) et les problèmes liés à sa ruralité (production agro-pastorale, préservation des eco-systèmes etc..).

    Comme instances de débat, on peut citer : Le conseil économique et social, organe démocratique charge de débattre des projets de développement.

Pour les réalisations pratiques :

-Un Ensemble culturel (troupe de théatre, danse, musique )

-Une association dénommée « Elites et forces vives de Sodiko »

-Une Revue  « tribune de Sodiko » qui donne les nouvelles de la localité

 

...Et toute une multitude de projets de développement concernant les problématiques liées à l' Education et à  la Santé

        .L 'Histoire de cette cité est représentative de l évolution sociale et politique de la quasi -totalité des cités Bassa de la province céleste de Ngombolo. Car au déla des cérémonies de réconciliation certes souhaitables, estimables et louables, on ne peut renoncer à se poser la question de savoir: Comment la famille Matoumb, si importante dans l organisation politique du Mbog Bassa est elle parvenue à ce niveau d Effacement, de Marginalisation aussi bien dans sa communauté d origine (Bassa) que dans dans la communauté Kambongo.On trouvera sans doute la réponse dans la cession hâtive de certains sanctuaires et principalement celui dont il portent fièrement le nom : Sodiko. Mais cette réponse soulève en elle même d autres interrogations: Les lieux saints et les sanctuaires appartiennent ils aux familles ? Ou alors ce sont les propriétés incessibles et inaliénables du Mbog Bassa qui en confie la garde à des familles soigneusement désignées ? Et quelle est la part de responsabilités de ces familles ?

          Occupée et aménagée dès la fin du XVIè siècle par une poignée de Bassa, la localité autrefois grand centre spirituel et politique du Regnum Biafra (Mbog Bassa),essaie dans un marasme économique de retrouver son rayonnement. Pourra-t- elle y parvenir sans un Retour aux racines profondes ? La Lucidité des élites et le volontarisme de la collectivité en décideront.

I kété li nyang

Francis

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  1. voir l article Bassa du wouri entre extinction et renaissance

  2. Voir l article conseil d Etat Kobi

  3. Etat Bassa XV-XIXè siècles:Dispositions constitutionnelles

  4. Voir l article Conseil d Etat Kobi

  5. Voir Etat Bassa Xvè-XIXè siècles :Dispositions constitutionnelles

  6. Monographie sur la nationalité Bassa-Pr Dika Akwa

  7. Voir Le peuple du Fleuve- sociologie de la conversion chez les Duala- réné Bureau

Bibliographie

Monographie sur la nationalité Bassa

Savoir social du Mbog

Les Bassa du Cameroun-Cahiers d outremers-1950

site sodiko-cameroun.org

Sources orales

 

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